Notes de lecture 3 : Les haines en moins, roman de Eric Le Guilloux

Rochelais d’adoption, Eric Le Guilloux est éducateur spécialisé.
Les haines en moins est son premier roman.

 Les haines en -

J’ouvre le livre, sans avoir lu la quatrième de « couv ». Je lis rarement les quatrièmes de « couv », trop inductives souvent, sur ce qu’il convient de lire, de penser,  voire de ressentir.
Forcément laudatives.
Puisque la sélection des impétrants au prix René Fallet est déjà réalisée, je ne me pose pas les questions de l’acheteur en quête de lecture, et ça, c’est extraordinaire ! Je peux ainsi lire de nombreux livres qui m’auraient sans nul doute échappés dans l’extraordinaire inflation des parutions littéraires de rentrée!
La phrase en exergue est belle, mais elle est extraite du Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry. Pas de chance, je n’aime pas le Petit Prince….Je sais, cela ne se dit pas, car il est convenu d’aimer cet opuscule. Passons.

Je déteste les livres qui commencent par la fin…Bon, je me ferai violence !
Maladie orpheline ! Sacha, le narrateur est malade !

C’est manifestement un complot. Sans le devoir de lire les six livres sélectionnés pour cette année 2016, j’aurais sans doute renoncé…
Maladie orpheline ! J’ai, durant ma vie professionnelle, présidé les Commissions Départementales de l’Education Spéciale (CDES), puis participé aux commissions équivalentes des MDPH !

J’en ressortais vidé ! Passer en revue tous les malheurs du monde et spécialement ceux touchant des enfants, chercher, souvent des réponses insuffisantes, les meilleures solutions proposées par une société qui fait semblant…
Et paf ! Au bout de deux pages, me voila replongé dans cet univers à la fois passionnant et usant !
J’aurais pu fermer ce livre une troisième fois !
A peine ma lecture commencée, je tombe sur quelques mots grossiers…

Je n’aime pas les mots grossiers ! Je n’aime pas les dire, même s’ils m’échappent de temps à autre, lorsqu’ils adaptant si bien à certains bipèdes insupportables !

Résistant à toutes ces incitations à ne pas dépasser les premières pages, je lis !
Et ma lecture s’emballe : le miracle de l’écriture d’Eric Le Guilloux a opéré !
Envouté, marabouté, ensorcelé, fasciné, éberlué, et surtout ému.
Le style est pétillant ; l’humour, souvent grinçant, apporte au récit souvent terrible, la touche qui le rend supportable. Il y a une grande distanciation du sujet, la narration n’est jamais banale. On s’accroche aux évènements, on développe une empathie formidable pour Sacha, on a envie qu’il réussisse tout ce qu’il entreprend…
Impossible de se détacher, difficile de suspendre sa lecture, tant on voudrait savoir…
Les univers se succèdent au gré de la vie de Sacha, dont le fils, Zadig, devient son absolue raison de vivre et de réussir… Au moment où il semble y parvenir …la maladie…
On est devenu, si intime avec Sacha au cours des pages, qu’on souhaite intensément le miracle…
La fin de ce livre m’a laissé assis, longtemps…… les yeux dans le vague, dans un mélange de rage et d’impuissance…Bouleversé ! Anéanti !
Je ne vous en dis pas plus !
C’est un grand livre !

Fiche de lecture 2 : Le voyage d’Octavio, roman de Miguel Bonnefoy

Notes de lecture

Le voyage d’Octavio

Roman de

Miguel BONNEFOY

Le voyage d'Octavio001

L’auteur

Nationalité : Venezuela
Né(e) à : Paris, 1988

Biographie :
Professeur de français et écrivain vénézuélien, il est le fils d’un romancier chilien et d’une diplomate vénézuélienne.
« Le voyage d’Octavio » aux éditions Rivages est son premier roman.
Il a remporté le prix du Jeune Ecrivain, en 2013, grâce à une nouvelle intitulée « Icare ».
Il s’occupe de la production d’événements culturels pour la mairie de Caracas.
Il est également professeur de français à l’Alliance française et organisateur des forums cinématographiques de la Foire du livre, place des Musées.

(Source : L’Express n°3320)

 

C’est un roman, mais ce n’est pas qu’un roman !
C’est une ode à un pays, à sa culture, à sa nature, à son peuple et à son histoire.

C’est des milliers de vies en un seul être.
C’est la construction d’un avenir bâti sur les ruines de la misère.
C’est le sacré qui épouse l’ordinaire, la sainteté qui fait fi du dénuement.
C’est tout cela à la fois et c’est plus encore !

On pense bien sûr à Gabriel Garcia Marquez, sans que cette référence, écrasante au demeurant n’affecte en rien l’empreinte originale de ce jeune auteur.

Résolument contemporain, mais amoureux des mots et des langues – écoutez le dire le français et l’espagnol –  il puise dans la réserve infinie des mots endormis, l’illustration d’un pensée résolument moderne. Et ce n’est pas le moindre oxymore de cet écrit flamboyant !

Cet hymne au Venezuela résonne dans un parcours initiatique ou les ingrédients essentiels d’une culture spécifique s’agrègent mystérieusement.
Il faut se laisser emporter par le torrent qui entraîne Octavio, dépassant son illettrisme et son indigence, devenant dans sa chair l’essence de son pays.
Il faut se laisser emporter dans son parcours improbable et chaotique, se laisser fasciner par les descriptions foisonnantes et baroques qui offrent un cadre unique aux choses et aux êtres.

C’est un écrit indispensable, essentiel, vital !
Vous avez saisi ma fascination, plus encore mon émotion !

Les dernières lignes ont eu raison de ma résistance aux larmes, celles qu’on verse devant la beauté !

 

 

 

 

Fiche de lecture 1 : Le Dagobert optique, roman d’Isabelle Bergoënd

Le dagobert optique
Isabelle Bergoënd
Ed. Thierry Marchaisse

Isabelle Bergoënd est née en 1981, en Haute Savoie. Physicienne, spécialiste d’imagerie, elle vit et travaille à Toulon.

Cela commence un peu comme un roman du club des cinq.
Mais très vite les personnages vont prendre une épaisseur que n’ont pas les personnages de ces romans pour la jeunesse.
Un objet mystérieux, dont on apprendra assez vite que ce n’est pas un daguerréotype, autour duquel un groupe de personnes complémentaires et dissemblables vont coopérer pour en trouver la provenance et l’histoire, nous entraine dans des péripéties riches et inattendues, entrecoupées des recherches de l’inventeur de la chose étrange, dans les années 1900.

Cela ne se lit pas, ça se dévore…avec le secret désir que l’histoire ne s’arrête pas trop vite, tant les personnages deviennent familiers, presque amicaux.

Chacun sortira différent de l’aventure ou comment la coopération de personnes différentes autour d’une question peut faire évoluer chacun positivement.
C’est un livre optimiste. Il effleure maintes questions actuelles, son but n’étant pas de les traiter de façon exhaustive, mais de les observer dans le déroulement ordinaire ou extraordinaire de la vie.
Les aspects scientifiques, domaine d’excellence de l’auteure ne sont pas rébarbatifs, même si il ne fallait pas aller plus loin dans ce domaine sans perdre maints lecteurs.

Il est amusant de voir comment en partant d’un même point de départ, on peut écrire deux romans parfaitement différents ! En 2012 le prix René Fallet, l’excellent roman « Eux sur la photo » d’Hélène Gestern, partait aussi d’une quête autour d’une image venue de nulle part !

Pour résumer : roman attachant, écriture fluide, excellent concurrent pour le prix.

Le Dagobert Optique001

Participez au jury du Prix René Fallet

Le prix littéraire René FALLET

 

Depuis plus de 20 ans, l’association Agir en pays jalignois organise le prix René Fallet.
Ce prix littéraire couronne chaque année un premier roman, d’un(e) auteur(e) de moins de 40 ans.
C’est un jury populaire qui décerne le prix chaque année, au mois de juin.
Vous pouvez, si vous le désirez, faire parti de ce jury.
Il suffit de devenir membre de l’Association, de lire les livres sélectionnés, et de voter, le jour retenu, pour votre roman préféré. Le vainqueur est celui qui recueille le plus de voix (Comme souvent dans les démocraties).
Pour plus de renseignements allez sur le site de l’association :

www.agirjaligny.fr

Cette année six livres ont été sélectionnés :

Prix Fallet 2016001
Si vous êtes dans l’Allier, un système de prêt des livres est organisé.

A titre personnel j’ai commandé ces livres sur Internet. J’ai été livré en 3 jours (entre 50 et 60 € les 6)

Je ferai une fiche de lecture pour chacun de ces ouvrages en donnant mon avis.
Il serait intéressant d’échanger à ce propos, si vous le désirez !

BONNE LECTURE !

 

 

 

De l’apprentissage… et des crétineries qui ne vont pas manquer de vous être servies !


Les nouvelles prises de position du gouvernement pour réduire le chômage, et les mesures liées à l’apprentissage de vont pas manquer de déclencher les épanchements de la presse déchainée !
Il y a fort à penser que l’on va nous ressortir le modèle allemand qui, il est vrai, met en place un apprentissage florissant depuis plus de cent ans !
Mais on se défiera bien, après cette constatation de l’évidence, de rechercher les causes d’une telle différence entre deux pays voisins. On nous invitera seulement à nous inspirer d’un système qui réussi, en faisant fi d’une culture, d’une histoire et d’une tradition profondément différentes, comme si toutes ces données étaient solubles dans une volonté politique conjoncturelle.

L’apprentissage a toujours été un champ d’affrontement de la droite et de la gauche, la droite penchant pour une responsabilité accrue du patronat dans le domaine de la formation, la gauche pour une primauté de l’enseignement scolaire.
Le vrai problème est d’abord que les patrons renâclent et que l’enseignement professionnel est un cul de basse fosse de l’enseignement général.
En elle même cette querelle aussi vaine que stérile ! Elle ne débouche sur aucune solution concrète t opérationnelle.

Si l’on compare des modèles étrangers comme l’Allemagne et la Suède, où les formations aux travaux dits « manuels » sont aussi réputées l’une que l’autre, on s’aperçoit que ces deux pays fonctionnent justement sur des modèles opposés, l’Allemagne favorisant l’alternance et la Suède l’enseignement scolaire.
La vérité n’est donc pas dans le moyen de former, en ajoutant à cela que certains élèves, selon leurs besoins propres et leur fonctionnement individuel auraient besoin de l’un ou de l’autre, voire de l’un ET de l’autre. (Mais ce serait s’intéresser aux besoins des élèves, ce qui semble être pour beaucoup une coquetterie pédagogique)

Je résume ici les nombreuses études universitaires réalisées pour présenter ainsi la situation. La formation professionnelle dans un pays dépend essentiellement de trois critères :
1. Le respect que l’on a dans le pays de la culture technique et technologique
2. Le sort social que l’on fait aux personnes sortant de ces formations (considération sociale, salaire, déroulement des carrières, retraites)
3. Les passerelles permettant de passer de l’enseignement professionnel à l’enseignement général et inversement.

On se rend compte en prenant en compte ces critères, que l’Allemagne et la France fonctionnent sur des modèles parfaitement opposés :
L’Allemagne a démontré, depuis le développement de l’ère industrielle, un intérêt très vif pour la chose technologique en maillant rapidement le pays d’industries réputées et prospères.
La France s’est toujours intéressée aux résultats de l’industrie sans se passionner pour la technologie sous jacente. Elle a donné une prédominance aux « humanités » et à la chose intellectuelle. On peut même s’interroger sur un certain mépris à l’encontre des « crados » et d’une affection plus portée sur les « intellos », notre culture ayant accentué le fossé entre les uns et les autres. Mille exemples pourraient démontrer cela s’il fallait couvrir les cris de dénégation que j’entends se lever ci et là de personnes qui n’en pensent pas moins…
Je ne résiste pas à l’anecdote à ce propos :
Un jour ou mes fonctions requerraient que je m’adresse à de nombreux proviseurs de Lycées Professionnels, je constatais des bouffées de plaintes s’élevant de l’assemblée à propos de la déconsidération dont l’enseignement professionnel était la victime et du mépris qui s’élevait de toutes parts sur l’enseignement dispensé.
Afin de rétablir les bases d’un échange réel, j’interrompis cette expression dont je ne doutais pas de la sincérité pour demander à ces collègues : « Puisque vous pensez que cet enseignement est injustement relégué, pourriez vous m’indiquer combien de vos propres enfants le fréquentent ? »
Vous imaginez, je suppose, la réponse ?

Sur le traitement social fait aux personnes issues de l’enseignement professionnel (apprentissage ou enseignement scolaire), depuis fort longtemps, l’Allemagne a réservé à ses ouvriers un sort bien meilleur qu’on ne le fait dans tous les pays latins, dont la France. La considération sociale, va souvent de pair…
Cette donnée est essentielle : dans un pays comme la France où le chômage est important, nombre de métiers ne trouvent aucun candidat tant le regard de la société est méprisant à propos de l’activité concernée : boucher, charcutier, traiteur, poissonnier etc, ne trouvent pas ou peu d’apprentis, outre le fait que nombre de ceux qui ont suivi ces apprentissages se reconvertissent dès qu’ils le peuvent !
Je n’insisterais pas, sauf demande insistante, sur le clivage existant en France entre le monde ouvrier et le monde intellectuel…

Dernier point : les passerelles entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général : Cela fonctionne très bien en Allemagne ou les filières sont à la fois beaucoup plus tranchées mais beaucoup plus perméables et la France où les essais de passerelles se soldèrent toujours par des échecs presque généralisés. Quand un élève passe de la formation générale à la formation professionnelle, c‘est la conséquence d’un échec à 99%. Quand un élève de la filière professionnelle désire rejoindre la filière générale, il lui faut d’abord une force peu commune pour convaincre qu’il le peut, et il peut être certain que rien ne lui sera passé. Il sera réputé, a priori, « ne pas avoir le niveau » …

On comprend au regard de ces quelques données que prôner le modèle d’un pays pour l’appliquer à un autre pays est d’un irréalisme absolu, au moins dans le court terme, car ce ne sont pas les techniques d’enseignement qui diffèrent, mais les fondements même de la société. Et ce ne sont pas des décisions politiques qui reformatent la culture d’un pays.
Je pourrais bien sûr compléter cette réflexion par un ou deux livres avec tous les détails nécessaires…
Mais si vous êtes déjà arrivé(e) à lire cette page, échangeons sur cela avant de penser ou de passer à plus ….

 

Pour ou contre la notation ? Est-ce vraiment la bonne question ?

 

 

Tout comme la presse à ses marronniers (c’est sujet saisonnier que l’on ressort lorsqu’on a rien à dire), l’éducation nationale a ses sujets récurrents qui viennent un moment ébranler le mammouth avant que celui-ci ne retombe dans son état le plus ordinaire, la glaciation !

On peut citer pêle-mêle, les méthodes de lecture, l’éducation civique, les contenus des programmes d’histoire, et autres sujets qui reviennent comme les refrains d’une chanson connue.

Avant toute chose, il convient de constater que l’éducation nationale très difficilement réformable.

Ici et là, on peut, non sans déclencher des fureurs souvent disproportionnées des uns ou des autres, mettre en place quelques modifications cosmétiques.

Chaque Ministre le tente peu ou prou…Mais leur durée de vie est trop courte pour qu’une réforme soit réellement menée à bien. On va ainsi de réformette en réformette, jusqu’à ce qu’un jour, on régionalise l’éducation, le rêve de nombre de politiciens, de droite en particulier.

Un faisceau de raisons peuvent expliquer cet état de fait : l’école est par essence conservatrice, puisqu’elle est le conservatoire des savoirs avant même d’en être le diffuseur. Les enseignants, théoriquement plutôt innovants, sont tout à fait conservateurs sur le fonctionnement de l’école qui reste d’une façon incroyable insensible ou presque aux évolutions sociétales. Les outils technologiques, considérés comme des dangers sont souvent ignorés, jusqu’au moment où ils s’imposent…

Il est vrai que les conditions actuelles sont particulièrement difficiles pour conduire une adaptation cohérente. La quantité de savoir double en dix ans depuis les années soixante-dix. Il fallait auparavant un siècle pour parvenir au même résultat. Face à cette croissance exponentielle des connaissances, l’école ne parvient pas à mettre en place une réactivité suffisante : le pourrait-elle ? Serait-ce souhaitable ? Ne conviendrait-il pas d’apprendre à apprendre, plus tôt qu’entasser des savoirs qui seront obsolètes très rapidement ? Voici les vraies questions qu’il conviendrait de se poser. Le reste ne serait que conséquences.

Au lieu de cela se joue et se rejoue incessamment la stérile querelle des anciens et des modernes.

En écoutant certains, nos enfants ne savent plus rien et le niveau de cesse de baisser. Mais d’un autre côté, on s’aperçoit que les jeunes possèdent des compétences que nous avions bien du mal à égaler dans nombre de domaines, la technologie contemporaine par exemple.

Il est, dans le domaine de l’éducation comme dans bien d’autres, il est totalement vain de nourrir des nostalgies sur un passé révolu. Ceci est d’autant plus inutile qu’on accuse les jeunes d’être le résultat d’un monde que nous avons façonné, sinon voulu et en grande partie accepté.

 

Pour aborder la question du jour, l’abandon ou non de la notation, il conviendrait donc de se débarrasser de ces nostalgies persistantes qui n’expliquent rien au présent et obscurcissent le futur.

La notation chiffrée a été choisie par la France, au milieu du dix-neuvième siècle. D’autres pays comme l’Angleterre, mettait en place un système de notation par groupes de niveaux ces derniers étant caractérisés par des lettres A, B, C, D, E, F. La France a essayé de mettre en place ce système dans les années 80. Mais, dans notre pays, la résistance au changement sait prendre des formes perverses ! Ne comprenant pas le sens du changement proposé par refus pur et simple et sans doute par manque de formation, on a retransformé ce système littéral et ajoutant des + et des moins aux lettres, personne ne sachant plus la différence entre un A- et un B+ ! On est revenu au système chiffré, la résistance passive ayant gagné sur la volonté d’évolution.

Ces deux systèmes de notation caractérisent des cultures parfaitement différentes. La première, s’appuyant sur des nombres, tente de donner un caractère scientifique à la notation. Les chiffres et les nombres permettent de faire des moyennes, donc des classements. Jusque dans les années quatre-vingts les élèves seront donc classés selon des résultats chiffrés auxquels on assortit une appréciation de quelques mots.

La seconde forme d’évaluation place, dans chaque matière et pour chaque apprentissage, les élèves dans un groupe de niveau : Un E en mathématiques, n’est pas « rattrapé par un A en français, puisqu’on ne peut réaliser des « moyennes de lettres ».

 

Pourquoi, alors qu’il existe des bibliothèques entières sur cette question, faut-il encore se poser la question de la forme de la notation ? Notre ministre est particulièrement courageuse de s’attaquer à un sujet qui va rallumer la guerre des anciens et des modernes, des conservateurs et des progressistes et va sans nul doute déchirer la sphère scolaire.

 

De fait, cette question qui peut sembler superficielle, est absolument essentielle.

Mais elle est mal posée !

La vraie question serait de savoir pourquoi on évalue, ce qu’on évalue, comment on évalue ?

La vraie question, plus encore que celle du code employé, est donc celle de l’évaluation et de sa pertinence dans les processus d’apprentissage, ainsi que de sa fiabilité dans les processus de certification.

Sans entrer dans des détails complexes, il existe plusieurs sortes d’évaluation qui correspondent à des moments de l’apprentissage et ou de certification.

En cours d’apprentissage, on utilisera de préférence une évaluation « formative ». Cette dernière permettra à l’élève de se situer dans son cursus d’apprentissage et de constater les progrès qu’il lui reste à accomplir pour avoir maîtrisé le savoir ou la compétence visée.

Enfin d’apprentissage, il conviendra de sanctionner ce savoir où cette compétence en notant d’une façon ou d’une autre, qu’elle est acquise ou non acquise. Cette dernière forme d’évaluation est alors dite « sommative ».

On pourrait ajouter à cela l’évaluation formatrice, qui évalue tant le niveau atteint par l’élève que le processus d’apprentissage proposé, permettant une double action sur la pédagogie et sur le cursus d’apprentissage.

Le fait est, qu’en France, nous utilisons à tout bout de champ l’évaluation sommative sans mettre en œuvre d’évaluation formative. Même les vérifications en cours d’apprentissage sont faites sous forme sommative est donc notées.

C’est ce processus qui est remis en cause lorsque l’on parle de la suppression des notes. En effet une note donnée ne veut rien dire en soi et en particulier ne donne pas à l’élève les renseignements qui lui seraient utiles pour mettre en œuvre des efforts pour faire les progrès qu’il pourrait espérer.

(Remarque : Un 4/10 montre que l’évaluation n’est pas réussie, mais ne donne aucun renseignement sur ce qu’il convient de faire pour obtenir 8/10 ou plus. Quand à savoir si un 4/10 donné par untel serait un 4/10 donné par un autre sur la même copie, ceci est une autre question !)

On voit bien que la notation n’est qu’un épiphénomène d’un sujet beaucoup plus large qui est finalement « quelle pédagogie mettre en œuvre pour la réussite du plus grand nombre ? »

« Dis-moi comment tu évalues, je te dirai comment tu « pédagogises », avais-je coutume de dire lorsque je vais quelques responsabilités dans la Grande Maison.

Cette question de la notation n’est pas neuve. Elle a été posée clairement depuis la réforme Jospin, une des plus importantes et des plus homogènes, qui n’a jamais été mise en œuvre intégralement et dont l’esprit extrêmement novateur n’a jamais été compris et accepté par les enseignants.

Je préfère ne pas en énumérer ici les raisons qui ne sont pas toujours à l’honneur de ces fonctionnaires.
Enseignants auprès de jeunes en difficulté, voire en très grande difficulté scolaire, je me suis très tôt, au cours des années soixante-dix, interrogé sur la signification de ce que je faisais quand je mettais une note à un de mes élèves : est-ce que je constatai son niveau de réussite à mes exigences ? Cette note lui était-elle utile ? En quoi ?

Jeune enseignant, je regardais ce que faisaient les collègues de ces notes dans les autres classes, « dites normales ». Je m’aperçus qu’il y avait plusieurs sortes de notes: les notes courantes et les notes des contrôles (des « compositions » à l’époque). Les premières demeureraient sur les cahiers, généralement transmis aux parents en fin de semaine. Les secondes étaient portées sur des carnets de notes et faisait l’objet d’une moyenne. Cette moyenne servait au classement mensuel des élèves.

Je me suis tout de suite interrogé sur le sens de cette moyenne. Que voulait dire le fait d’additionner des notes de français, de mathématiques, de dessin, d’histoire, d’éducation physique, et parfois de conduite, de diviser cette somme par le nombre d’items, et d’obtenir une « chose » ayant une apparence scientifique, mais qui de fête ne voulait rien dire. On symbolisait donc le « niveau » d’un élève par une note chiffrée qui n’avait aucun sens en soi puisqu’elle était le résultat d’une moyenne de nombres n’étant pas attribués sur des critères comparables. Cette absurdité me fut confirmée en écoutant deux petites élèves de CM2 se crêpant le chignon à propos de leurs moyennes respectives (on écoute jamais assez les enfants !)L’une disait à l’autre : « tu vois je suis plus forte que toi, j’ai 8,36 et toi tu as seulement 8,32 ! ». La seule chose dont j’étais certain c’est que ces deux enfants maîtrisaient l’écriture décimale puisqu’elles étaient capables de classer des nombres décimaux au centième près. Mais pour le reste ?

Ce dont on pouvait être sûr c’est que cette moyenne appréciait l’adaptabilité de l’élève à l’institution scolaire ! Quant à apprécier son niveau de connaissance, de compétences, on peut largement en douter.

Dans les années soixante-dix, ce système suffisait à trier les 30 % d’élèves qui continueraient leurs études en collège les autres étant voués à des travaux plus ou moins manuels qui comme chacun sait « ne requièrent pas une grande intelligence » ! Cet a priori scandaleux prévaut encore dans maints esprits, et la séparation entre les « intellos et les crados » est malheureusement toujours de mise dans la réalité et dans les inconscients de certains.

 

Peut-on encore accepter cela aujourd’hui ?

 

On sait depuis plus de trente ans que notre système de notation n’est plus adapté. On sait depuis plus de vingt ans qu’il est inutile, injuste et qu’il favorise une sélection davantage basée sur les connaissances plutôt que sur les compétences.

On sait, depuis un quart de siècle et plus, que l’origine socioculturelle des élèves à une influence certaine sur sa notation et l’appréciation.

On sait depuis des années que la notation à tout bout de champ lors d’évaluations sommatives trop nombreuses, sont décourageantes et ne permettent pas à tous les élèves, les plus faibles en particulier, de pouvoir espérer des progrès qui pourtant sont possibles.

Entre savoir et réformer la distance est grande !

 

On pourrait au moins se mettre d’accord sur les effets parfaitement dévastateurs de l’évaluation sommative et de la notation pratiquées aujourd’hui.

 

Si l’on voulait s’en persuader, il suffirait de lire la « constante macabre », livre d’André Antibi, professeur des universités, spécialiste des mathématiques, chercheur en didactique.

Je dis, il suffirait de lire, j’aurais dû dire, il suffirait de comprendre ce que dit Monsieur Antibi de la notation. Je viens en effet de prendre connaissance avec consternation de quelques réactions professorales qui démontrent bien le chemin à parcourir.

 

Ce chercheur montre d’abord que les notes n’ont aucune base scientifique. Il reprend les résultats de nombreuses recherches docimologiques qui, par exemple, ont démontré que pour avoir une certaine fiabilité, il faudrait que les copies de mathématiques du baccalauréat soient notées par treize correcteurs, celle de français par soixante-dix-huit et qu’il faudrait cent vingt-sept professeurs de philosophie pour obtenir une note à peu près exacte pour une copie de cette discipline.

Il démontre ensuite que quel que soit le contexte institutionnel, les notes se répartissent selon trois tiers, les bons, les moyens, les mauvais, suivant ainsi une courbe de Gauss qui se répète à tous les niveaux de l’enseignement et sur tous les échantillons socio-économiques. Il explique pourquoi il convient pour un professeur de demeurer dans cette norme dont il n’est pas d’ailleurs conscient. Les études ont été conduites sur des échantillons suffisamment caractéristiques pour qu’elle soit parfaitement crédible.

 

Mais revenons-en certainement au plus important.

La multiplication des évaluations sommatives notées ne permet pas à tous les élèves et particulièrement aux élèves connaissant quelques difficultés d’apprentissage, d’envisager la fin du tunnel, de penser que les progrès sont possibles. Lorsqu’on se trouve dans cette situation, il est peu de gens qui soient capables de se mobiliser pour « renverser la vapeur ». Beaucoup d’élèves renoncent puisqu’il semble que pour eux « les jeux sont faits » !

Si l’on réservait l’évaluation sommative aux périodes de fin d’apprentissage, on débarrasserait le système d’une grande part de ses aspects négatifs. Il serait possible, en se rendant compte en cours de route, des progrès effectués et du chemin restant à parcourir, de ne pas inutilement décourager des élèves, qui pour une raison ou une autre, buttent sur un apprentissage.

 

Remarque : J’inspectais un jour un enseignant de CM2. Je savais qu’il y avait dans sa classe un enfant ont reconnu dyslexique et accompagné pour ce handicap spécifique. Je regardais le cahier de notes ou étaient relevés les résultats de tous les élèves depuis le début de l’année. À la page orthographe, nous étions en octobre, cet élève avec dyslexie, avait déjà collectionné six ou sept zéros. Je conseillais à cet enseignant, pour gagner du temps, de remplir toute la ligne de cet élève jusqu’à la fin de l’année avec des zéros, étant bien certain, qu’avec ce handicap, ce jeune ne saurait faire moins de cinq fautes à quelque texte dicté que ce soit. C’était dit en forme de boutade. Mais j’interrogeais cet enseignant sur le sens qu’il donnait au fait de répéter ainsi une note nulle pour un enfant qui pourrait certes progresser, mais ni dans les temps, ni dans les délais d’un élève ordinaire. Je lui proposais donc tout au contraire d’utiliser pour ce jeune et pour les autres une notation positive qui puisse faire valoir les réussites de chacun et leur donner envie de réussir mieux encore, tout au long de l’année.

 

On se rend bien compte que la réforme de la notation ne serait rien en elle-même si elle n’interrogeait pas ce que doit être l’évaluation, les conditions de cette dernière, ses objectifs, ses méthodes et ses conséquences.

Il est vrai, que de passer de nos méthodes de sommatives réitérées à de vraies évaluations formatives, nécessite un effort considérable de la part des enseignants. Si l’on veut réussir à passer d’un système qui décourage toute une partie de la classe enseignée, sans être forcément utile aux élèves les plus forts, il ne suffira pas d’écrire de nouvelles circulaires, d’édicter de nouvelles règles.

Il conviendra, ce qu’on ne fait pas ou peu, de former le corps enseignant à ces nouvelles formes d’évaluation. Ce sera fatalement une opération longue et difficile !

Il semble en effet, lorsqu’on retire la note à certains professeurs, qu’on leur ôte une partie de leur pouvoir, une partie de leur puissance ! Il est vrai que la note a souvent été utilisée comme outil de discipline, ce qui est un comble !

 

Évaluer autrement, c’est s’interroger sur les modes et les cursus d’apprentissage des élèves, c’est les mettre dans des positions d’évaluation qu’ils comprennent, qui leur soient profitables.

 

Il serait ridicule de vouloir abandonner toute évaluation sommative. Celle-ci sera nécessaire en fin de cursus pour déterminer les compétences acquises et celles qui ne le sont pas.

Mais différer cette forme d’évaluation n’est pas la supprimer. C’est la remettre à une place qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

Outre les enseignants, il faudra progressivement faire comprendre aux parents les avantages d’un tel système.

«Mais pour nous c’était comme ça, et on n’est pas mort ! ». Ne doutons pas que nous entendrons des phrases de ce genre qui sont généralement proférées par des personnes hostiles à toute avancée et qui pensent qu’hier était tellement mieux qu’aujourd’hui, sans imaginer que le temps se passe fort bien d’eux pour transformer la réalité.

Il est des temps où l’on pouvait accepter qu’une partie de la population n’accède qu’à des savoirs minima.

C’est l’honneur d’une démocratie de ne pas se satisfaire d’un tel état.

Il convient donc d’aider l’ensemble des élèves, et parmi eux, les plus en difficulté, pour demeurer sur le chemin des apprentissages, des progrès et de la réussite.
Mettre en place une évaluation formative, non notée, constituera un pas évident pour permettre à tous et à chacun de progresser sans stress inutile.
La réforme de l’évaluation et par la même de la notation, et une réforme qu’il faut conduire et qu’il faut réussir, tout de suite, quand il en est encore temps !!!

Illogisme, incohérence, incompréhension sont-ils les maîtres mots de notre présent ?

 

La malheureuse affaire du barrage du Tarn évoque une situation beaucoup plus générale qui pourrait caractériser le « mal français » actuel.

Depuis plusieurs décennies, le pouvoir de l’état est régulièrement remis en question.
Le pouvoir central, tout puissant, date bien sûr de la royauté et de Louis XIV en particulier, même si la France était composée à l’époque de Provinces qui conservaient une culture et souvent une langue propre. Il est vrai toutefois que toutes les « grandes décisions » passaient par la volonté centrale, le financement principal n’existant qu’à ce niveau.

L’école Républicaine de Jules Ferry a été mise en place pour de multiples raisons qui ne sont pas toutes humanistes, loin s’en faut. Les impératifs politiques étaient tout aussi importants : élever le niveau général des savoirs pour former les cadres intermédiaires de l’armée qui avaient tant fait défaut durant la déroute de 1870, donner une langue unique à l’ensemble du territoire, les langues locales ou les patois étant encore très souvent utilisés et parfois exclusivement. (Par exemple, beaucoup d’enfants alsaciens, en raison des aléas de l’histoire ne commençaient à parler le français qu’à partir de 6 ans, lors de leur entrée dans la « grande école », et ceci jusque dans les années quarante).
La fin du XIX° siècle et toute la première partie du XX° siècle ont été marquées par une centralisation forte du pouvoir de l’état.
Progressivement, des plaintes se sont élevées contre ce pouvoir exclusif de la capitale qui devait décider de l’agrandissement d’une rue dans le plus petit village de France, de l’imposition foncière et de toutes autres questions concernant la vie locale. On stigmatisait alors l’incompétence parisienne sur les questions lointaines et on prônait un rapprochement décisionnel de « terrain ».

Les premières réponses furent de l’ordre de la « déconcentration ». L’Etat donnait plus de responsabilités aux préfectures et aux services déconcentrés de l’Etat, mais conservait la direction et la responsabilité de l’ensemble des décisions et des actions.

Il fallut attendre 1982 et les lois Deferre pour voir les premières mesures de « décentralisation ».
L’Etat cédait alors une partie de son pouvoir régalien aux assemblées locales (Conseils Généraux, Maires). La seconde batterie de lois sur la décentralisation (Raffarin/ 2002-2004) amplifia les responsabilités locales aux dépends de celles de l’état (sans toujours accompagner ces nouvelles responsabilités des moyens afférents).

Notons que notre niveau de « décentralisation » reste bien moins important que celui d’un pays voisin comme l’Allemagne où les « länder » ont, comme dans tout état fédéral, des pouvoirs bien plus considérables sur tous les sujets que ne l’ont en France nos départements et nos régions. Cette différence de fonctionnement fait dire d’ailleurs, volontairement ou involontairement, d’énormes absurdités. On fustige par exemple le nombre de ministres des gouvernements français au regard du nombre des ministres des gouvernements allemands. On oublie que chaque « land » possède son propre gouvernement avec un nombre de ministres équivalent à celui de l’état : 15 actuellement, une moyenne de 20 autrement. Comme il y a 16 länder en Allemagne, vous pourrez faire le calcul aisément.

Progressivement, l’état s’est désengagé de maintes questions actuellement traitées « localement ». L’état conserve la possibilité de devenir un recours en cas de conflit. Je peux vous affirmer d’expérience, qu’il n’use de ce droit que très parcimonieusement, ce qui devrait ravir les partisans de la décentralisation et du pouvoir du « terrain ».
Une des caractéristiques françaises est de vouloir en même temps tout et son contraire ! On préfère naturellement tous les avantages et on évince les inconvénients, oubliant par la même occasion que toute médaille à son revers !

Si nous en revenons au barrage de Sivens sur le fond, sans traiter des malheureux évènements s’y rattachant, sa construction est bien un projet local, voté par des élus locaux, financés localement et par des moyens européens.
Que n’aurait-on pas dit si l’état s’était opposé à ce projet ! On aurait vu toutes les gazettes titrer que l’état méprisait les élus locaux, que Paris décidait d’une question qu’il ne connaissait pas… etc.
Pour Sivens, comme sur d’autres questions, on entend dire que le projet est fou, démesuré et je ne sais quoi encore…
Alors, peut-on faire confiance à des élus locaux pour traiter des problèmes locaux ou doit-on revenir au pouvoir centralisé ?

Cette question générale se pose à tout bout de champ et c’est le cas de le dire ! Mais elle se pose selon les circonstances et quand les conséquences politiques peuvent être juteuses pour des factions plus avides de scandales et de publicités que de réelle utilité citoyenne, comme pour le barrage de Sivens. Il y a longtemps que l’écologie française s’est nationalement dévoyée dans des combats picrocholins aussi vains qu’inutiles. Quand on n’a jamais réussi à être crédible, il ne reste plus qu’à être nuisible!

On pourrait finir par croire que la France est irréformable, tant un texte voté entraîne aussitôt la nostalgie d’une situation antérieure à ce texte !
Quelques brises « indépendantistes » s’élèvent de temps à autre, pour mieux demander, dès qu’il y a un pépin, l’intervention de l’Etat…
L’Etat ne devrait donc intervenir que sur des situations si pourries que personne ne veut s’en occuper ?
On pourrait ainsi multiplier les exemples. On pourrait même étendre la question à l’Europe. La France développe un euro scepticisme important, sauf en ce qui concerne les subventions européennes, où les porteurs de sébiles sont prêts à passer sous toutes les fourches caudines pour bénéficier de la manne bruxelloise !

Une sorte de jeu mortel semble s’installer : dès que quelque chose est remarquable, l’état n’y est pour rien. Mais dès que quelque chose dysfonctionne, l’Etat est pleinement responsable.
En psychologie, cela s’appelle la « double contrainte » et cela rend fou, dit-on !
La recherche d’un « bouc émissaire » ne traite jamais la question de fond ! Elle diffère la réponse en trouvant un coupable. C’est comme s’il fallait tuer le messager de la mauvaise nouvelle en croyant que cette action œuvrerait sur la nouvelle elle-même.

Je crois que les lois vont finalement plus vite que les mentalités.
On demande des réformes, mais surtout, on les craint.
On veut que cela change, mais on adore l’immobilisme.
On ne supporte pas que les politiques ne fassent pas ce qu’ils disent, mais on s’empresse de ne pas faire ce qu’ils ont décidé en notre nom.

Cette sorte d’illogisme généralisé est tout à fait sensible sur Face Book ou autres réseaux sociaux qui reflètent à la fois des pensées très abouties et des « brèves de comptoir » qui ne sont malheureusement pas toujours drôles !!!

Je crois, mais ce n’est qu’une hypothèse, que l’individualisme nous a fait perdre le sens de la « chose commune » et du « bien public ». On nous a appris la primauté des valeurs individuelles qui s’opposent à la construction d’une vie équilibrée où les autres existent au même titre que soi. Tant que la réussite sera d’avoir n’importe quoi à n’importe quel prix, toujours plus et mieux, sans se préoccuper si l’autre a le minimum pour exister, nous serons dans des contradictions mortifères.

Le barrage de Sivens n’est qu’une très triste illustration de cette incompréhension qui ne permet plus de parler pour s’entendre et qui fatalement entraine la violence !

Que faire pour que cela change ?
Quelles propositions pourraient dépasser les blocages actuels ?

Il convient de façon urgente de réfléchir à cette question qui sera la clef du monde de demain, si celui-ci doit encore exister.

 

 

 

La lecture, un apprentissage si complexe…

Lisez ceci d’abord.

LECTURE EX. Avez-vous réussi à saisir le sens de ce texte? Vous êtes un »bon » lecteur. (Si vous n’avez pas réussi, c’est certainement que vous manquez d’entraînement !)

Cet exercice est particulièrement intéressant, outre son aspect ludique !

Il montre qu’un « bon lecteur » (personne ayant une lecture efficace) ne déchiffre pas pour lire un texte courant. Autrement dit il ne lit pas les syllabes une par une pour constituer le mot. Il perçoit le mot « globalement ». Il l’infère au contexte général et au sens du texte pour le valider ou non… L’œil prend de l’avance et se trouve déjà entre 3 et 5 mots après celui qu’on est entrain de lire pour effectuer ce travail de reconnaissance et de validation (importance de l’empan visuel). OUI, un bon lecteur lit globalement. Il n’utilisera une lecture syllabique que pour lire un mot qu’il ne connaît pas où qui, à son idée, ne devrait pas être à cette place là.

Ces quelques remarques sont importantes car elles expliquent une querelle bien française sur l’apprentissage de la lecture.

Depuis des siècles on apprenait à déchiffrer avant de lire…

Déchiffrer, c’est pouvoir dissocier le mot en syllabes, les syllabes en lettres, associer ces lettres pour faire un son, et associer ces différents sons pour reconstituer le mot…

Vous voyez qu’il s’agit d’une exercice particulièrement complexe, d’où d’ailleurs les difficultés que certains enfants rencontrent dans cet apprentissage : si un seul maillon de la chaîne est difficile ou impossible, la lecture elle-même devient impossible.

Je ne peux entrer dans les détails, sinon il faudrait écrire un livre ! Tant ont été écrits sur ce sujet que je suis certain que ce n’est pas indispensable.

Devant les difficultés lexiques de certains élèves, les pédagogues se sont posés des questions : celle de la méthode d’apprentissage venait directement à l’esprit.

Observant ce que vous venez d’observer en faisant le petit exercice ci-dessus, ils ont déduit que si nous lisions « globalement », il fallait apprendre aux élèves de la même manière.

La célèbre méthode « globale » était née ! C’est un raccourci !

Ainsi que toutes les outrances qui ont pu suivre…

Pour être synthétique, la véritable méthode globale, mise au point par Decroly (pédagogue belge) n’a jamais été appliquée en France dans tous ses aspects.

En revanche, on a pendant longtemps favorisé des méthodes « à point de départ global », méthodes qui revenaient plus ou moins vite aux méthodes syllabiques de « décomposition/recomposition » décrites plus haut. D’autres méthodes issues de ces réflexions ont aussi vu le jour (Méthodes naturelles, méthode Freinet….)

On a dit tout et son contraire dans des empoignades aussi brutales que vaines.
Lorsqu’on veut avoir raison en pédagogie, on se cristallise souvent ses arguments sur des points spécifiques, on construit un discours « pseudo-scientifique » et on oublie le seul sujet de notre intérêt : l’enfant ou plus largement l’apprenant, celui qui apprend. (Nous sommes tous des apprenants en puissance, qu’on le sache ou non).

On ne peut réduire l’apprentissage de la lecture et sa réussite à une méthode !

Beaucoup d’autres « ingrédients » doivent être pris en compte, personnels, sociologiques, neurologiques… L’interaction entre ces différents ingrédients est tellement complexe, qu’il convient d’abord de se montrer modeste !

Et s’il n’y avait pas qu’une méthode, mais des méthodes qui puissent s’adapter aux besoins différents des élèves ?

Le rêve secret de nombreux d’enseignants est d’avoir en face d’eux une classe « homogène », où tous les élèves auraient le même « niveau » à quelques menues différences près ! Enseigner la même chose à tout le monde au même rythme : le paradis !

Outre que cela soit impossible, ce désir d’uniformisation est inquiétant !

Revenons à la lecture. Penser que l’enfant devrait apprendre sur un modèle issu de la transcription littérale de ce que font les lecteurs experts pour lire est totalement irréaliste…

Pour bâtir cette « idéologie » beaucoup de pédagogues ont trouvé des arguments dans les excès de la méthode syllabiques où certaines méthodes prônaient, par exemple, de faire déchiffrer aux enfants des syllabes n’existant pas dans nos mots. Il s’agissait de donner aux élèves la possibilité de lire n’importe quoi sans en comprendre le sens.

En France, nous sommes très sensibles à la différence entre enseignement et dressage.

Toutes les méthodes « comportementalistes » sont rejetées avec vigueur.

En ce qui concerne la lecture, les partisans des méthodes à point de départ global ont relevé le défaut essentiel de la méthode syllabique qui ne faisait pas ou peu appel au « sens » et relevait d’un apprentissage mécanique.

Ainsi pendant longtemps une bonne lecture se résumait à une lecture orale fluide et expressive sans se préoccuper de savoir si l’apprenti lecteur comprenait quelque chose de qu’il lisait.

Il est vrai qu’une concentration de l’attention sur le « mécanisme » lexique peut ne pas donner le loisir de s’occuper de ce que veut dire le texte proposé pour l’apprentissage.

Les novateurs ont eu beau jeu de démontrer l’absurdité des textes d’apprentissage, certains utilisant des phrases qui étaient à peine française (Daniel rame avec son papa).

Parallèlement les partisans des méthodes syllabistes se battaient entre eux pour trouver la progression idéale dans l’apprentissage des syllabes : fallait-il commencer par les associations simples avec la lettre « l » (le lilas de lili), ou par la lettre « p » (la pipe de papa). (Dans ce dernier cas la phrase traditionnellement utilisée ne serait plus de mise ni dans son sens premier, ni dans son sens second !)

Vous noterez qu’on n’utilisait pas les majuscules (trop difficiles ?) privant ainsi la langue d’un de ses importants repères, le début et la fin de la phrase ou la distinction des noms communs et des noms propres !

Je passe sur des milliers d’arguments qui, jusqu’à aujourd’hui, provoquent des affrontements entre les partisans des différentes méthodes en usage.

Je passe sur les conséquences désastreuses attribuées à une méthode plutôt qu’à une autre.

Le principe « sacro-laïc » français de la liberté de la méthode laissée au professeur, fait que demeurent des différences considérables en les approches de l’apprentissage de la lecture.

Gilles de Robien (2005-2007) obscur Ministre de l’Éducation Nationale a tenté d’uniformiser les méthodes d’apprentissage de la lecture en donnant l’avantage à la méthode syllabique classique.

Que n’avait-il pas fait, malheureux inconscient !

Depuis quelques années déjà, le débat avait dérapé sur le terrain politique : le combat pédagogique avait tendance à se conformer avec le clivage droite gauche (Conservatisme/progressisme). La position du Ministre conforta les uns et mobilisa les autres.

Les télévisions s’en donnèrent à cœur joie caricaturant la question en trois minutes dans des Journaux Télévisés indigents comme à l’habitude, ou dans des débats pugilistiques où on oubliait généralement la seule personne qui vaille dans ces questions : l’enfant !

Et s’il n’y avait pas une seule méthode valide ?

Et s’il fallait s’adapter aux besoins des enfants plutôt que d’adapter l’enfant aux désirs de l’adulte.

On devrait pouvoir, autour d’une méthode construite, articuler le sens et la technique, l’intérêt et le plaisir à l’effort.

Il ne conviendrait pas d’oublier les très grandes difficultés de la langue française qui complexifient encore l’apprentissage lexique.

Exemple : « Les poules du couvent couvent ». Mon correcteur orthographique note : « corriger la répétition » ! Et pourtant il n’y a pas de répétition ! Si on n’interroge pas le sens on ne peut prononcer correctement le second mot. Ces homophones sont pléthore dans notre langue qui a une très mauvaise correspondance grapho-phonétique, contrairement à l’italien ou à l’espagnol.

Cela exige que sans oublier de décortiquer la façon de lire (analyse) il faut donner du sens à ce qu’on lit !!!

N’oublions pas non plus que le sens même de l’axe lexique disparaît presque complètement dans certaines familles. Pourquoi consentir tant d’efforts pour ce qui n’existe pas ? La véritable inégalité est dans les différences sociales et culturelles des élèves .

On peut toujours demander à l’école de réparer ce que la société fait mal ou ne fait plus plus. Sans oublier qu’elle est l’outil de la société… Cette forme de schizophrénie est la véritable question de l’enseignement aujourd’hui, nous y reviendrons !

Ce court texte ne vise pas à résoudre une question qui perdurera tant que nous apprendrons encore à lire, tant que nos  « grands chefs » ne nous ramèneront pas à l’âge des cavernes ou ne formateront pas nos cerveaux d’une façon ou d’une autre !

Soyez confiant ! Dormez, dormez….On s’occupe de tout !

Dans ce cas, la question de l’apprentissage de la lecture ne se posera plus !!!

Du discours en général…

 

Etre Maire consiste en partie à faire des discours dans les circonstances les plus variées : mariages, enterrements, célébrations officielles, inaugurations, remises de décorations, fêtes, foires et que sais-je encore !. Qui n’a pas vécu ces moments éprouvants ou l’attente du « verre de l’amitié » s’éternisait ? Et comme disait je ne sais plus qui : « l’éternité, c’est long, surtout vers la fin ! ».

Ayant plusieurs années eut l’honneur de représenter mes concitoyens, je fus comme tous les maires, amené à m’exprimer en public, exercice que je goutais assez au demeurant. J’écrivais rarement mes discours que j’essayais de faire courts, dynamiques et sincères.

J’ai fait quelques exceptions dans des circonstances particulières…

Les journées littéraires me permettaient, du fait de leur spécificité, de sortir d’une certaine routine où, année après année, on dit à peu près la même chose à peu près aux mêmes personnes.

Mais comme j’ai horreur des « moules » et autres contraintes stériles, voici donc le discours que j’ai écrit pour les Journées littéraires de 2012…Ceux qui suivirent furent étrangement courts !!!

Discours prononcé aux 25ème Journées littéraires de Jaligny-sur-Besbre

Vous avez certainement remarqué, comme moi-même, le léger malaise s’emparant d’une assemblée lorsque s’annonce le moment des discours !!!

Si nous étions capables d’entrevoir les idées qui traversent alors les têtes pensantes du public, (vous remarquerez que je ne vise pas tout le monde), nous y reconnaîtrions sans doute des souhaits de brièveté, des résignations polies, des agacements maîtrisés, des sourires crispées et tous les signes qui présagent un mauvais moment à passer !

Généralement les discours commencent par une liste interminable des personnalités présentes, à laquelle on ajoute parfois les personnes excusées, ou même les personnes absentes.

Cette litanie protocolaire use souvent prématurément l’attention du public.

Cela peut être pire lorsque les responsables du « verre de l’amitié » mettent en place, dans le fond de la salle, le buffet qui suit immanquablement les discours… Le tintement des verres, quand ne s’ajoute pas l’odeur de la « pompe aux grattons » (spécialité Bourbonnaise : brioche au gras de porc grillé)  ou à celle des saucisses de cocktail, en font alors saliver plus d’un… L’attention de tous est déjà ailleurs…

Généralement, viennent ensuite, au choix, les félicitations (lorsqu’il y a quelqu’un à féliciter) ou les remerciements… Il y a toujours beaucoup de personnes à remercier!!! Dans ce dernier cas ce peut être aussi long qu’aux Césars ou aux Molières, mais, heureusement, rarement aussi mauvais !!!

Par chez nous, on remercie toujours en premier ceux qui fournissent quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Puis viennent ceux qui donnent de leur temps, souvent pendant toute une année, pour que l’évènement que nous fêtons puisse avoir lieu. (Ces derniers ne sont jamais assez remerciés !!!)…On en vient au plat de consistance qui est parfois très inconsistant ! et on finit, en fanfare, par remercier l’assemblée de son attention, elle qui dormait déjà depuis un bon moment !!!

Puis on passe le témoin au suivant, qui n’est pas choisi au hasard, mais dans le respect de l’ordre protocolaire, que les élus apprennent généralement assez facilement, sans être obligés d’ingurgiter les niaiseries de Nadine de Rotchild.

A ce moment commence une période qui dépend énormément des différents intervenants. Certains recommencent la longue litanie des personnalités présentes : il est vrai que cela meuble quand on n’a pas grand-chose à dire… Cela dépend aussi de premier orateur : ou celui-ci a labouré large sans laisser grand champ au suivant, ou l’on peut trouver une ouverture permettant une certaine originalité. Certains ne s’aperçoivent pas des itérations, d’autres, au contraire, en ont conscience… Ils s’excusent donc de devoir répéter ce qui a déjà été dit sans toutefois s’en priver !!! Les derniers enfin, prononcent à quelque chose près le même discours, quelles que soient les circonstances… L’habitude ou la lassitude gagne même les édiles !

Il convient alors de remarquer, discrètement, les efforts que font les divers orateurs et les premiers rangs du public pour trouver une contenance, réprimer un bâillement, prendre une attitude attentive ou intéressée, bouger d’un appui droit sur un appui gauche pour éviter la crampe…

Estimons-nous heureux puisque les habitudes culturelles de certains régimes avaient instauré des discours qui duraient entre 6 et 8 heures…

De fait le discours d’un élu, d’un maire tout particulièrement, peut être assimilé au patinage artistique… Comme dans cette discipline artistique et sportive, il existe deux grandes formes de discours : les figures libres et les figures imposées.

Les figures imposées concernent les fêtes et les cérémonies traditionnelles et patriotiques : 11 novembre, 8 mai, 14 juillet…Il convient alors de se cantonner dans des limites strictes imposées par la solennité de ces moments.

Les figures libres sont heureusement plus nombreuses et moins guindées, spécialement à Jaligny-sur-Besbre.

Imaginez les libertés que permettent un concours agricole ou les culardes font la pige aux culards !

Imaginez les originalités que permet l’annuelle « Foire aux dindes » : il suffit que la « sono » soit réglée correctement pour passer au-dessus de mille volatiles glougloutant, rendus nerveux par l’approche des fêtes de fin d’année qui sont réputées chez ces gallinacées comme des périodes assez noires, voire funestes.

Mais parmi tous les évènements locaux qui offrent le plus de liberté au rhéteur, ce sont les journées littéraires qui détiennent la palme : à nous les « bons mots », salto, des patineurs… les calembours, triple boucle piquée de l’oralité, la saillie drolatique, triple Lutz, une des figures les plus difficiles. De temps à autre, suivant l’inspiration on peut tenter une contrepèterie qui malgré sa savante discrétion peut être assimilée à une figure aussi difficile qu’un quadruple saut, spécialement lorsque l’on veut s’éloigner de la très rabattue « berge du ravin ».

Il convient si possible de finir par une pirouette qui laisse l’orateur suivant dans une situation précaire que son art de la parole saura ou non dépasser…

J’avais décidé de vous entretenir des agélastes… Ce mot date du 16ème siècle et fut repris du grec par François Rabelais : l’agélaste est celui qui ne rit pas, qui n’a pas le sens de l’humour…

Mais lorsque j’ai vu la galerie des agélastes célèbres, Issac Newton, Staline, Margareth Thatcher, Louis de Blois ou le curée d’Ars, j’ai renoncé à cette impossible galerie des horreurs… l’humour le plus débridé s’enfuirait lui-même devant cette apocalypse de tristesse.

Je m’aperçois, que, finalement, voilà cinq minutes que je parle sans rien dire, spécialement de l’occasion qui nous réunit… Vous voyez que c’est possible !!!

Mais je voulais chatouiller ici la mise en abyme… et parler d’un discours dans un discours n’est finalement pas plus inutile que d’étaler d’autres banalités…

En trois mots un peu plus sérieux tout de même : bravo aux journées littéraires, aux membres de l’association, aux bénévoles, bravo aux auteurs dont j’ai dévoré les œuvres avec beaucoup de plaisir cette année encore… Bravo aux auteurs sélectionnés ou lauréats des années passées, fidèles de notre fête de la littérature, que nous revoyons toujours avec plaisir et bonheur…

Je laisse à mes successeurs dans l’ordre protocolaire dire tout ce que je n’ai pas dit… certain qu’ils vont assumer cette tâche avec infiniment de brio !!!

Que vivent les 25ème Journées littéraires de Jaligny-sur-Besbre et que vive Jaligny !!!

Aïda – Vérone – Juin 2013

Aida, de Giuseppe Verdi
Orchestre et Ballet de la Fondazione Arena di Verona,

Omer Meir Wellber (direction)
La Fura dels Baus (mise en scène)

Giovanna Casolla (Amneris)
Hui He (Aida)
Fabio Sartori (Radamès)
Adrian Sampetrean (Ramfis)
Andrzej Dobber (Amonasro)

Enregistrée les 11 & 14 juin 2013 aux Arènes de Vérone

Diffusion du 31/08/2014 sur Mezzo

ARENES de VERONE

Que dire de cet « Aïda » enregistré à Vérone en juin 2013 : le très bon et le pire, la balance penchant finalement pour la déception.

J’avais vu il y a bien des année ce même opéra dans ce lieu extraordinaire. J’en garde un souvenir précis. Il s’agissait d’une reprise de la mise en scène de 1913 qui vit les premiers spectacles d’opéra donnés dans les arènes. J’avais bien sûr été impressionné par la tradition de la petite bougie qu’on allume avant le début de l’Opéra pour rendre hommage aux martyrs ayant péri en ce lieu. J’avais été impressionné par la qualité de de l’acoustique et le côté somptueux de la représentation… Je ne me souviens plus de toute la distribution… Je me souviens de Fiorenza Cossotto dans Amnéris : elle chantait le rôle depuis un grand nombre d’années… Quelle leçon de chant, quelle présence !!!!

Revenons à notre Aïda de 2013 !

AIDA ACTE 1

Commençons par la mise en scène confiée à « la Fura dels Baus ». Cette troupe catalane, spécialisée dans le théâtre a relativement peu d’expérience dans la mise en scène d’opéra…

Pourquoi avoir leur confié la mise en scène d’Aïda pour le centième anniversaire des opéras de Vérone ? Pour rompre avec un classicisme quelque peu répétitif ? Pour faire moderne ? Cela restera un secret et une énigme !

Non que cette troupe manque d’imagination…elle en déborde. Pour une inauguration de jeux olympiques ou autres manifestations festives, cela doit (pourrait) fonctionner.

Pour un opéra il faut avoir un propos, voire adapter une histoire déjà écrite : on ne choisit ni la musique, ni l’histoire, ni les mots.

Une mise en scène doit toujours respecter la musique et le propos des auteurs et compositeurs.

Ne pensez pas que je sois opposé à toute mise en scène contemporaine… Tout au contraire… Mais une mise en scène contemporaine ne se construit pas fatalement sur du non-sens.

Ici, la mise en scène n’est pas ou peu lisible…Ces propos sont minimalistes.

La logique de la mise en scène peut apparaître au cours de la représentation, si on se concentre sur elle, sans écouter les chanteurs et l’orchestre ! Pour un opéra c’est un comble !

L’espace scénique de Vérone est complexe à investir. L’a priori d’occuper le fond de scène, immense, pour en faire une sorte d’erg parcouru de pistes sinueuses est pertinente. C’est un bonne façon de profiter de la profondeur disponible, toute à fait exceptionnelle pour ce type de spectacle. Flanquer l’espace central de deux immenses tours métalliques, genre pieds de grues laids et omniprésents, est plus discutable. Même si l’on comprend assez vite que le décor va se construire tout au long de l’opéra, et que ces structures serviront à différents effets , plus ou moins réussis d’ailleurs. Au troisième acte une sorte de grand miroir solaire se sera ainsi bâti au dessus de la scène, évoluant au fur et à mesure du déroulement de l’acte ultime, scintillant au gré des éclairages, et se réduisant finalement au tombeau des deux amants.

Il est difficile de caractériser les costumes tant ils sont baroques et dépareillés ! Les costumes des femmes sont les plus classiques, assez « égyptoïdo – antico – science-fiction »… Ceux des hommes ressemblent aux vêtement de certains films d’exploration de l’espace. Le plus réussi, renforçant le caractère implacable du rôle, est celui de Ramfis : grande chasuble sombre, surplis de pierres sombres et brillantes, col raide… Le plus ridicule est celui d’Amonasro. On a affublé le chanteur d’une chasuble rouge et d’une sorte de « blouson » noir et « distroyed », decoré de sigles militaires, d’ écussons et de brassards évoquant des symboles fascistes. Pour couronner le tout, on lui fait porter une barbe d’ayatollah des plus ridicules. Le costume du roi est surmonté de décorations rigides évoquant des antennes de réception d’ondes, peut être, sans doute célestes. (Voir ci dessous à droite)

AIDA  acte 2

Les costumes des chœurs et des figurants sont très divers, souvent brillants (je veux dire scintillants) allant de la combinaison bleu électrique à paillettes, style « Star War » à la salopette orange des ouvriers des Ponts et Chaussées…

L’éclairage, hideux au premier et second acte, y compris durant la marche triomphale, devient splendide durant la scène du Nil, la scène du jugement et le dernier acte.

On aurait pu se passer des crocodiles (fac-similé) se promenant autour des chanteurs sur les bords du fleuve sacré

La distribution est comme la production dans son ensemble, inégale.

Hui He incarne parfaitement un rôle titre qu’elle a déjà chanté sur d’autres scènes . Sa voix ample, son timbre velouté, son énergie farouche, ses aigus parfaits lui permettent d’interpréter le rôle titre de cet opéra d’une façon très convaincante.

On aimerait en dire autant de l’Amnéris de Giovanna Casolla. Il semblerait que Mme Casolla ait chanté dans le même temps Turandot et Amnéris. Cette cantatrice était certainement un vrai soprano dramatique avec d’assez beaux graves peu poitrinés (cf. In questa reggia dans Turandot à Pékin), mais certainement pas un grand mezzo verdien, et sûrement pas Amnéris. Sans vouloir être désagréable avec une artiste qui est proche de ses quarante ans de carrière et de ses soixante-dix ans d’âge, on pourrait lui conseiller de choisir ses rôles actuels avec plus de discernement. Les graves sont manifestement insuffisants et détimbrés, le medium est vacillant, les attaques glottales insupportables. Seuls les aigus demeurent beaux, voire très beaux ! Si sa présence scénique est convaincante, ce rôle particulièrement difficile, long et exposé, ne peut être abordé que par une cantatrice disposant de tous ses moyens vocaux… Ce n’est malheureusement pas le cas ici et nous souffrons tout au long de l’opéra.

Les rôles masculins sont globalement bien tenus à l’exception du Radamès de Fabio Sartori, inodore et sans saveur ! La voix est belle, longue, facile, le timbre est agréable. Mais il ne se passe rien ! On a l’impression que Monsieur Sartori n’est pas plus concerné que s’il chantait la version musicale de son relevé d’identité bancaire.

Même s’il est délicat de parler du physique, même s’il existe des exceptions notables, la stature massive de ce ténor n’est plus crédible sur scène à ce jour… Ou alors il faut être exceptionnel. On comprend que lors de son triomphe, Radamès ait été perché sur un éléphant mécanique gigantesque. Toute utilisation d’un véritable animal aurait entraîné sans nul doute l’intervention de la SPA !

Le Ramfis d’ Adrian Sampetrean est noir à souhait ! Excellente prestation d’ Andrzej Dobber qui campe un Amonasro mielleux et terrifiant. Sa stature, elle aussi imposante, passe fort bien du fait de son engagement scénique et de son excellente interprétation. Le court rôle du Pharaon (le roi) n’appelle pas de remarque particulière.

Il n’y a semble-t-il pas de direction d’acteur sinon la mise en place scénique. Les metteurs en scène doivent sans doute faire confiance aux chanteurs « qui savent ce qu’ils doivent faire » !!! Conception ridicule, qui rejoint celle des mises en scène « de bouche à oreille » heureusement disparues !

Les chœurs sont vaillants, même si leurs accoutrements ne semblent pas toujours les porter à la bonne humeur.


Que dire de la direction du jeune chef, Omer Meir Wellber ? D’abord il tient la distance et assure musicalement la cohésion de l’ensemble. C’est déjà un bel exploit à Vérone. Indubitablement vaillant et enthousiaste, sa direction est empreinte d’une grande sincèrité. Elle n’est peut être pas aussi subtile qu’elle pourrait l’être. Il conviendra néanmoins de suivre le parcours certainement prometteur de ce jeune maestro .

Son agent aurait peut être pu lui conseiller de ne pas porter avec un frac avec des chaussures Derby noires et blanches. On a du lui dire que l’Italie était le pays de la Mafia : c’était sans doute pour faire couleur locale . Ceci est un détail.

Pour résumer, les efforts pour « moderniser » les productions de Vérone sont louables au demeurant. Tomber dans la caricature n’est pas le chemin qu’il convient de suivre. Ce n’est pas totalement le cas ici, heureusement !

AIDA Acte IV

Il conviendra de veiller à ce que les distributions soient cohérentes : ce n’était pas le cas ici, d’où notre déception…

Si cette mise en scène doit être reprise elle devrait sans doute être épurée afin de devenir lisible pour ceux qui ne l’on pas conçu, c’est à dire la majorité des spectateurs.